J'agrippe sa main comme une petite fille agrippe celle de
son père, comme si ma vie en dépendait entièrement, littéralement. Je le
regarde avec de grands yeux emplis d'une innocence nouvelle que je ne découvre qu'en sa présence uniquement. Totalement en admiration face à ses traits fins, je
ne peux m’empêcher de sourire béatement à cette vue dont je ne me lasserai
certainement jamais. Rien ne pourrait enlever la beauté que je vois dans son
allure marginale qui m'a tant attirée au premier regard. Il n'est pas celui
qu'il prétend être parce qu'il renferme bien des secrets dans l'antre qu'est son
esprit artistique. Je ne demande qu'à explorer ce monde onirique dans lequel il
vit perpétuellement afin de pouvoir enfin percer à jour ce personnage haut en
couleurs dont je ne pourrais me détacher même si je le souhaitais. Je le suis sans rechigner, sans mot dire,
retenant presque mon souffle, le gardant aussi imperceptible que possible pour ne pas
déranger sa réflexion ardente qui se lit comme un livre ouvert sur son
expression concentrée. Chaque fois qu'on se balade, je ne prête attention au
chemin qu'en de rares occasions principalement lorsqu'il
a quelque chose d'extraordinaire à me montrer, enfin, le monde entier se
voit redessiner à l'encre de nouvelles nuances en sa présence ce qui rend la chose la plus anodine en un puits de magie infini.
Nous sommes tout simplement dans une bulle, personne ne peut
la percer ou s'y immiscer dedans, elle est aussi solide qu'un roc et aussi
insaisissable que la fumée. Pas même la douleur de la distance ne peut effacer
cette connexion incassable. J'ai l'impression d'être une enfant ouvrant ses
cadeaux de Noël après une longue attente dépassant de loin celle d'une simple
année. Le temps se fige en plein milieu d'une danse affolée, l'air tournoie
autour de nous et nous enveloppe de son agréable fraîcheur, nous protégeant
ainsi de la jalousie des rôdeurs. Cela faisait une éternité que j'attendais ce
moment, celui ou je trouverais enfin la personne qui m'attend depuis si longtemps.
Cette histoire me transporte bien plus que toutes celles que j'ai lu au cours
de ma vie, elle m'embarque dans une perspective que je n'avais jamais envisagée
auparavant. J'apprends enfin à vivre grâce au bonheur qu'il me fait partager, rien ne pourra jamais l’inégalé. Seule l'ombre de mes peurs peut se manifester
et s'accrocher à mon cœur afin de le faire chavirer. Je ne dois donc pas me
laisser faire et quitter cette Terre qui me met souvent dans la galère.
J'ai l'impression de planer au-dessus de ce monde hideux, de
faire partie de quelque chose de bien plus grand encore que les Cieux. Cette
sensation de légèreté vaut bien toutes mes erreurs passées, je peux enfin
respirer sans avoir à sombrer dans l'inéluctabilité de la mort, mère de sûreté
et de sainteté. Cette sensation de lâcher prise est exquise, je sens son
emprise en moi qui m’électrise.
Cet endroit tapi au fond de mon cœur n'a le droit qu'à de
douces mélodies dénuées de rancœur et ne peut apparaître qu'au contact de l’élu
de mon cœur. Ici il n'y a aucune douleur, que de la tendresse, c'est bien mieux
qu'un baume d'anti-détresse dont les effets sont ravageurs. C'est
indestructible et invisible. C'est l’adrénaline qui ne cesse d'augmenter et le
pouls qui s'affole au point qu'il faut me mettre une camisole pour ne pas que je finisse folle. Tout ce ressenti est indéfinissable mais ô
combien agréable.



